clause de réméré

Clause de réméré : définition, contenu obligatoire et effets juridiques

Par Christophe GIRALT22 juin 202618 min de lectureVente à Réméré

La clause de réméré est une stipulation contractuelle insérée dans un instrument notarié de cession immobilière. Elle accorde au vendeur un droit exclusif de reprendre la chose vendue dans une durée et à un montant fixés dès la signature. Sans cette disposition, aucune faculté de rachat n’existe juridiquement. La loi encadre strictement ce mécanisme pour protéger les deux parties. Pour comprendre l’opération dans son ensemble, consultez notre page dédiée à la vente à réméré.

Cet article détaille la définition juridique, le contenu obligatoire du contrat, les effets sur
l’occupation du bien et les risques contractuels essentiels à connaître.

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Qu’est-ce qu’une clause de réméré ?

Avant d’analyser son contenu, il est essentiel de bien cerner ce que recouvre juridiquement la clause de réméré, en quoi elle se distingue des notions voisines et sur quels types de biens elle peut s’appliquer.

Définition juridique

La faculté de rachat est régie par les articles 1659 à 1673 du Code civil sur Légifrance. L’article 1659 la définit comme « un pacte par lequel le vendeur se réserve de reprendre la chose vendue, moyennant la restitution du prix principal ». Ce droit est personnel et exclusif. Il ne peut être exercé que par le vendeur ou ses héritiers (art. 1672). Il s’éteint irrévocablement à l’expiration du terme convenu.

Réméré, faculté de rachat, pacte de rachat : quelles différences ?

Ces notions coexistent dans les contrats notariés. Le tableau ci-dessous clarifie chacune :
 
TermeDéfinitionNature juridique
Clause de réméréStipulation insérée dans le contrat de cessionMécanisme contractuel
Faculté de rachatDroit créé par cette disposition en faveur du vendeurDroit subjectif personnel
Pacte de rachatSynonyme courant de faculté de rachatDroit subjectif personnel
Vente à réméréL’opération immobilière dans son ensembleTransaction financière

Sur quels biens peut-on insérer une clause de réméré ?

La stipulation s’applique à tout bien immobilier bâti : résidence principale, résidence secondaire, appartement, maison, local commercial. Les articles 1662 à 1664 du Code civil permettent également son application à des biens mobiliers (titres financiers, fonds de commerce). Ce point est absent de la quasi-totalité des guides disponibles en ligne.

 

Portage immobilier et réméré : le même mécanisme juridique ?

La confusion est fréquente. Le portage immobilier et la vente à réméré désignent la même opération fondée sur la cession avec faculté de rachat. La différence est avant tout terminologique :
 
 Vente à réméréPortage immobilier
Base légaleCode civil, art. 1659 à 1673Même base légale
UsageTerme juridique officielTerme commercial
Taux d’indemnitéLibrement négocié (5 à 8 %/an)Souvent prépayé (10–12 %/an)
IntervenantsNotaire, vendeur, acquéreurIdem + société spécialisée
En pratique, les sociétés de portage immobilier structurent des opérations qui sont, juridiquement, des cessions avec faculté de rachat. Elles servent d’intermédiaires entre le propriétaire en difficulté financière et l’investisseur.
 

Qui rédige la clause et comment est-elle formalisée ?

La clause de réméré ne peut pas être rédigée librement entre particuliers. Sa validité juridique dépend d’un formalisme strict, imposé par la loi, qui engage des acteurs précis et détermine la portée de l’acte vis-à-vis des tiers.

Le rôle du notaire

Cette stipulation doit obligatoirement figurer dans un contrat authentique rédigé par un notaire. Ce rédacteur publie l’instrument au fichier immobilier (service de publicité foncière), ce qui le rend opposable aux tiers. Lors de l’exercice du réméré, les coûts notariés sont réduits à un droit fixe de 125 €, contrairement à une nouvelle cession ordinaire soumise aux droits de mutation.

Les parties au contrat

Trois acteurs interviennent :
  • Le vendeur-occupant : propriétaire en situation financière difficile, titulaire du droit de reprendre la chose vendue
  • L’acquéreur-investisseur : particulier ou société qui apporte les fonds et détient temporairement le bien
  • L’intermédiaire éventuel : société de portage qui structure l’opération pour financer un projet de désendettement
 

Les articles 1659 à 1673 du Code civil qui régissent la clause de réméré sont quasi inchangés depuis le Code Napoléon de 1804. C’est l’un des rares mécanismes juridiques vieux de plus de 200 ans encore utilisé activement dans des transactions immobilières modernes.

Que doit contenir une clause de réméré ? Les mentions obligatoires

C’est le cœur de l’instrument notarié. Chaque mention doit être précise pour éviter tout litige ultérieur.

L’identification précise du bien

Le contrat mentionne l’adresse complète, les références cadastrales, les lots de copropriété (si en copropriété) et l’état du bien à la date de la cession. Une description insuffisante peut entraîner la nullité partielle de la stipulation.

Le montant de la cession

Le montant est fixé entre 50 % et 80 % de la valeur de marché du bien. Cette décote compense le risque supporté par l’investisseur. Pour un immeuble dont la valeur de marché est estimée à 400 000 €, le montant de cession peut être fixé de 200 000 à 320 000 € selon l’investisseur. L’estimation préalable par un professionnel est recommandée.

Le montant de l’éventuelle plus-value pour l’investisseur au rachat ou à la revente

Elle est fixée dès la signature et ne peut être modifiée unilatéralement. Elle comprend le montant initial, la marge de l’acquéreur et les charges contractuelles. Exemple concret : un bien cédé à 200 000 € avec une marge de 7,5 % donne un montant de rétrocession de 215 000 €, auquel s’ajoutent environ 4 300 € de coûts notariés (2 % du montant). De ce montant pourraient être déduits les éventuelles indemnités d’occupation non utilisées selon la durée effective du contrat.

La durée du réméré

L’article 1660 du Code civil est formel : la durée maximale légale est de 5 ans. Toute stipulation dépassant ce terme est automatiquement ramenée à 5 ans. En pratique, les opérations durent entre 12 et 36 mois. La durée est calibrée selon le plan de sortie : nouveau financement, vente d’un bien annexe, sortie du fichage FICP auprès de la Banque de France.

Les modalités d’exercice de la faculté

La disposition précise comment notifier l’intention de reprendre la chose vendue : lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) ou signification d’huissier. L’opération se matérialise par la signature d’un contrat de rétrocession chez le notaire. Sans cet instrument, le retour de propriété n’est pas opposable aux tiers.

L’indemnité d’occupation

L’article 1673 du Code civil impose de rembourser le montant principal, les dépenses et loyaux coûts de la cession, les réparations nécessaires et les améliorations apportées, dans la limite de la plus-value générée. Ces postes doivent être listés avec précision dans le contrat.

L’indemnité d’occupation

Quelle que soit l’utilisation du bien, le contrat prévoit une convention d’occupation précisant le taux, le montant et les conditions de paiement. L’indemnité se situe généralement entre 8 % et 12 % du montant de cession par an. Pour un bien cédé à 200 000 €, cela représente entre 1 333 € et 2 000 € par mois. Elles sont généralement déduites du montant d’acquisition. On peut toutefois les régler mensuellement selon certains investisseurs, mais avec le risque qu’un ou plusieurs défauts de paiement entraînent la déchéance du contrat et donc la perte du bien vendu.

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Durée et montant de rétrocession : les deux variables clés

Ces deux paramètres conditionnent l’ensemble de l’équilibre financier de l’opération. Mal calibrés, ils peuvent rendre le rachat impossible ou transformer une solution de désendettement en perte définitive du bien. Voici comment les analyser et les calculer correctement.

Comment bien calibrer la durée

Une durée trop courte expose à un risque de défaut. Une durée trop longue alourdit le coût total par accumulation des indemnités. Le bon calibrage dépend du besoin du vendeur à rembourser et de la durée estimée de sortie : nouveau prêt obtenu une fois sorti du fichage FICP, cession classique d’un actif annexe, héritage attendu ou revente du bien avec récupération du complément de prix.

Comment est calculé le montant de rétrocession en pratique

La formule usuelle est :
Montant de rétrocession = Montant de cession + Marge investisseur (8 à 12 % d’indemnité d’occupation/an + éventuelle plus-value au rachat ou à la revente) + Charges annexes
Exemple concret : un bien cédé à 180 000 € avec une indemnité d’occupation annuelle de 10 %, sans plus-value à la sortie et avec le remboursement de la taxe foncière et de l’assurance PNO (Propriétaire Non Occupant), exercé au bout de 16 mois sur 24 initialement prévus, donne le décompte suivant :
  • Remboursement capital : 180 000 €
  • Remboursement taxe foncière au prorata : 560 €
  • Remboursement assurance PNO au prorata : 280 €
  • Récupération de 8 mois d’indemnité d’occupation non utilisées : − 24 000 €
  • Frais de mutation permettant le rachat du bien (2 %) : à ajouter
Le vendeur doit donc à l’investisseur pour récupérer son bien : 180 000 € + 560 € + 280 € − 24 000 € = 156 840 € + les frais de notaire.
À noter que le vendeur peut également revendre son bien et récupérer le complément de prix, soit la différence — obligatoirement positive — entre le prix de revente et ce qu’il doit à l’investisseur, diminué des charges à rembourser (taxe foncière, assurance PNO, charges de copropriété).

Que se passe-t-il si la durée expire sans exercice de la faculté ?

L’acquéreur devient propriétaire définitif et irrévocable de la chose vendue. Aucune prorogation n’est automatique, mais elle peut être validée jusqu’à 5 ans contre règlement des indemnités d’occupation non séquestrées dès le départ. Le vendeur perd irrévocablement son droit de reprendre le bien et s’expose à une procédure d’expulsion. La perte de propriété est totale et sans indemnisation possible, sauf clause contraire prévue dès l’origine.

La stipulation et l’occupation du bien

L’un des avantages les plus recherchés de l’opération est la possibilité pour le vendeur de rester dans son logement. Cette faculté n’est pourtant pas automatique et repose sur des règles précises, distinctes du droit locatif classique. Voici ce que le contrat doit prévoir et les risques associés.

Le vendeur peut-il rester dans son logement ?

Oui, il peut continuer à occuper le bien car il y a un différé de jouissance au profit de l’acquéreur. Cela fonctionne également pour les résidences secondaires. Concernant les biens locatifs, le vendeur récupère toujours les loyers mais ne peut changer de locataire sans l’accord de l’acquéreur. Idem pour un bien vide que le vendeur souhaiterait mettre en location.

Convention d’occupation vs bail classique : une confusion fréquente

La convention d’occupation n’est pas un bail. Le vendeur ne bénéficie d’aucune des protections de la loi locative du 6 juillet 1989. En cas d’expiration de la durée sans exercice du réméré, il peut être expulsé sans préavis légal de 6 mois. Cette distinction est essentielle à comprendre avant de signer.

Risques en cas d’impayé d’indemnité

Le non-paiement de l’indemnité déclenche une clause résolutoire inscrite dans le contrat. Les conséquences sont immédiates :
  • Perte de la faculté de reprendre la chose vendue
  • Résiliation de la convention d’occupation
  • Procédure d’expulsion accélérée
C’est pourquoi, de plus en plus généralisé actuellement, les acquéreurs souhaitent que ces indemnités d’occupation soient déduites dès le départ. Cela évite que le vendeur se retrouve dans une situation précaire et irrévocable.

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Risques et points de vigilance

L’opération comporte des risques réels que tout vendeur doit mesurer avant de signer. Certains tiennent à la rédaction du contrat, d’autres à la structure financière de l’opération ou à la qualification juridique que les tribunaux peuvent lui donner.

Perte définitive du bien si la durée expire

C’est le risque principal. Sans exercice de la faculté dans le terme convenu, la perte de propriété est irrévocable. Aucun recours judiciaire ne permet de revenir en arrière.

Contrat mal rédigé : quels litiges en découlent ?

Un montant ambigu, une durée imprécise ou des charges non listées génèrent des contentieux. La jurisprudence de la Cour de cassation a sanctionné des stipulations insuffisamment précises, entraînant leur nullité partielle.

Déséquilibre contractuel et clauses abusives

Le vendeur en situation financière difficile bénéficie d’une protection jurisprudentielle. Une décote excessive de la valeur de marché (bien cédé à 35 % de sa valeur) peut être contestée devant les tribunaux comme déséquilibre significatif.

Risque de requalification en crédit déguisé

Si l’opération contourne les règles du code de la consommation relatives au crédit immobilier, les juges peuvent la requalifier en prêt dissimulé, entraînant la nullité du contrat. Les indices retenus : montant corrélé à une dette précise, absence réelle de transfert de propriété.

Montant de rétrocession irréaliste

Un montant fixé trop haut dès l’origine rend l’exercice économiquement impossible. Cette situation constitue un déséquilibre manifeste susceptible d’être sanctionné.

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La clause de réméré est bien plus qu’une simple disposition contractuelle : c’est le dispositif central qui détermine les droits et obligations de chaque partie tout au long de l’opération.

Sa rédaction conditionne la sécurité juridique du vendeur, la rentabilité de l’investisseur et la viabilité du plan de sortie envisagé.

Pour que ce mécanisme protège réellement le vendeur, chaque mention — montant de cession, durée, indemnité d’occupation, modalités d’exercice — doit être rédigée avec précision par un notaire expérimenté. Une clause mal calibrée peut transformer une solution de dernier recours en perte définitive et irrévocable du bien.

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On répond à vos questions sur la clause de réméré

C’est la stipulation qui inscrit dans le contrat le droit du vendeur de reprendre la chose vendue à un montant et dans une durée fixés. Sans elle, aucune faculté de rachat n’existe.

 

5 ans, selon l’article 1660 du Code civil. Tout terme supérieur est automatiquement réduit à ce maximum légal.

Oui. Sans cette stipulation dans le contrat authentique, la cession est une vente classique ordinaire. 

Aucune différence juridique. Le portage immobilier est le terme commercial utilisé pour désigner une opération qui reste, juridiquement, une cession avec faculté de rachat.

L’acquéreur n’a nullement le droit de revendre le bien acquis tant que les termes du contrat de réméré sont respectés. C’est une protection inaliénable du vendeur.

Oui. L’article 1672 du Code civil prévoit que la faculté est transmissible aux héritiers du vendeur.

 
Elle peut être partiellement nulle si elle contient des dispositions contraires à la loi ou si sa rédaction est trop ambiguë. Une durée supérieure à 5 ans est automatiquement ramenée au maximum légal sans que l’ensemble de la clause soit annulé.
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